Au boulot!
François Ruffin, Gilles Perret, France, 2024o
Sur le plateau d'une émission de télévision à grande audience, l’avocate parisienne Sarah Saldmann s’emporte sur l'état de la France, décrite comme un «pays d’assistés» et «de feignasses». Le député de gauche François Ruffin lui propose alors de de vivre pendant un mois avec 1'300 €. Contre toute attente, l'avocate accepte de se prêter au jeu. Et découvre la «France d'en bas» et toutes celles et ceux qui tiennent le pays debout.
Après Merci patron! (2016), réalisé seul, puis J'veux du soleil! et Debout les femmes!, déjà cosignés, le satiriste devenu député de gauche François Ruffin rempile avec son complice documentariste Gilles Perret pour un nouveau film d'agit-prop bien envoyé. Cette fois, tout est parti d'un débat télévisé où Ruffin s'est trouvé confronté à Sarah Saldmann, jeune avocate et chroniqueuse parisienne à la langue bien pendue, surtout quand il s'agit de pourfendre ses concitoyens «fainéants» et «profiteurs» de soutiens étatiques, mais un peu légère dans ses connaissances du terrain. Contre toute attente, elle accepte une série de stages express dans les métiers les plus durs et mal payés, tandis que Perret suivra l'expérience avec son talent d'homme-équipe de tournage. Et c'est parti pour une sorte de tour de France du travail précaire (livreurs de colis, ouvriers d'une poissonnerie, auxiliaires de vie, cuisiniers, poseurs de fibre optique, agriculteurs, etc.). Constatant la dureté usante de ces métiers et la dignité de ces gens moins chanceux qu'elle, Miss Saldmann s'humanise à vue d'œil devant la caméra. Elle finit même par reconnaître que ces expériences sont plus enrichissantes que de rester dans sa zone de confort. Miracle? Serait-il possible de «réinsérer les riches»? En fait, l'expérience a tourné court et la blonde à lourdement rechuté. Mais le film qui en a résulté, avec ce ton mêlant combativité, empathie et humour, fait plaisir à voir tout en montrant bien l'effarante fracture sociale française.
Norbert Creutz