r The Love That Remains
Hlynur Pálmason, Danemark, France, Islande, Suède, 2025o
La trajectoire intime d’une famille dont les parents – Anna, artiste, et Magnús, pêcheur – se séparent. En l’espace d’une année, entre légèreté et profondeur, se tisse un portrait doux-amer des liens familiaux et amoureux, avec des touches de tendresse, de joie et parfois de mélancolie.
L’Islandais Hlynur Pálmason (Un jour si blanc) s’est imposé comme un auteur reconnu dans le panorama du cinéma européen, avec des films mêlant particularisme locaux et récits universels; son œuvre explore les paysages et visages de son pays à travers le prisme de grands thèmes existentiels (l’amour, la mort, la solitude, etc.). Dans son nouvel opus, qui s’apparente à une série de vignettes, on découvre une famille islandaise: un père et une mère, fraîchement séparé·es, leur fille aînée et leurs jumeaux. Elle est une artiste en attente de reconnaissance, il est un pêcheur en manque d’amour. Les enfants vont bien. On apprécie le talent de portraitiste du cinéaste, qui saisit habilement les tensions qui peuvent se manifester lors d’un repas de famille ou d'un pot entre collègues. Fin connaisseur de l'âme humaine, il sait faire coexister, chez ses personnages, les marques de tendresse avec des signes d’agacement. On lui reconnaît un don remarquable en matière de mise en scène, manifeste dans sa façon d’inscrire chaque destin dans des paysages magnifiques, doublé d'une propension à l’humour, perceptible lors de la visite fugace d’un galeriste suédois d’une suffisance inouïe. Et on lui sait gré d’avoir composé un des plus beaux personnages de chien – le sixième membre de la famille – qu'on ait vus au cinéma récemment. En revanche, on se montrera un peu plus réservé sur les quelques parenthèses fantastiques qui ponctuent le film. Dans des visions oniriques, une poule gigantesque ou une armure médiévales tourmentent le père, dont la solitude et le désespoir s’accentuent. Certes éloquentes, ces fantasmagories étaient-elles bien nécessaire? Qu’importe: l’amour qu’il nous reste pour le quatrième long-métrage de Pálmason reprend vite le dessus. Et on s'enivre avec délice de ce cinéma empreint de douleur et de tendresse.
Emilien Gür
