The Last Viking
Anders Thomas Jensen, Danemark, Suède, 2025o
Après 15 ans derrière les barreaux pour un braquage de banque, Anker sort de prison. Il va enfin pouvoir récupérer sa part du butin, que son frère Manfred avait alors enterrée. Mais celui-ci souffre d'un trouble dissociatif de l'identité, se prend désormais pour John Lennon et n'a aucun souvenir de l'endroit où se trouve l'argent. Afin de rafraîchir sa mémoire, les deux frères se rendent dans l'ancienne maison familiale. Et le hasard fait bien les choses: un Ringo séjourne dans un hôpital psychiatrique non loin de là.
Mads Mikkelsen peut jouer n'importe quel type de personnage, y compris un homme brisé par la vie, coiffé d'une permanente, tout en laissant transparaître en lui le Viking qu’il rêvait d'être enfant. Autrefois, cet homme répondait au nom de Manfred; aujourd’hui, il se fait appeler John Lennon, vole des chiens et vit dans son propre monde. Son frère Anker, tout juste sorti de prison, veut récupérer le magot dissimulé après un braquage de banque – mais il n’est pas facile de faire équipe avec John, qui nage souvent en plein délire. Le réalisateur danois Anders Thomas Jensen (Riders of Justice) mêle une fois de plus humour noir, violence et profonde humanité, dans la continuité de son film merveilleusement grotesque Adam's Apples (2005). Le film s’ouvre sur un dessin animé délicieusement absurde qui voit un roi viking faire trancher les bras de son peuple afin d’instaurer l’égalité, selon l'idée qu'un Viking ne connaît d’autre douleur que celle de l’exclusion. Jensen lorgne ainsi du côté de l'humour noir britannique, façon Monty Python: là où d’autres ne verraient qu’une plaisanterie, il révèle la tragédie de la condition humaine. Au cœur du récit se trouve la question de l’identité, lorsque la perception de soi et le regard des autres ne coïncident plus. Manfred fuit la violence paternelle en se réfugiant dans l’imaginaire: il devient d'abord un Viking, puis John Lennon dans un mécanisme de défense que Jensen dissèque avec une cruauté empreinte de tendresse. À partir de cette prémisse se développe une galerie de personnages délirants. Un thérapeute tente de guérir John Lennon en reformant les Beatles avec des patients qui se prennent eux-mêmes pour Paul, George ou Björn d’Abba – voire pour Heinrich Himmler. De cette farce émergent des moments d’une humanité surprenante, où le comique se mêle intimement à la douleur. The Last Viking apparaît ainsi comme une variation maîtrisée de la recette à succès de l'auteur: une comédie absurde et cathartique sur le traumatisme, l’identité et la fraternité, qui entremêle habilement le rire et l’effroi.
Michael SennhauserGalerie photoso
