r Silent Friend
Ildikó Enyedi, Hongrie, Allemagne, France, 2026o
Au coeur du jardin botanique de Marbourg, une ville universitaire en Allemagne, se dresse un majestueux arbre ginkgo. Depuis plus d'un siècle, il est le témoin muet des changements profonds qui ont marqué la vie de trois personnes. En 2020, un neuroscientifique de Hong Kong se lance dans une expérience audacieuse avec cet arbre centenaire. En 1972, un jeune étudiant subit une transformation intérieure provoquée par l'observation intense d'un simple géranium. En 1908, la première étudiante de l'université cède à sa passion pour la photographie et découvre à travers l'objectif de sa caméra les motifs cachés de l'univers. À travers ses trois récits, le lien entre les plantes et les humains devient le symbole du besoin universel de connexion.
Dans cette coproduction germano-franco-hongroise d'Ildikó Enyedi, le public est invité à prendre part à un voyage doucement psychédélique, qui rééclaire les notions de perception, de temps et de conscience. Le film relie trois histoires séparées dans le temps à travers un majestueux ginkgo planté dans le jardin botanique de Marburg: en 2020, le chercheur en neurosciences Tony (la star hongkongaise Tony Leung Chiu-Wai) se retrouve bloqué à Marburg pendant la pandémie et commence à communiquer avec le ginkgo, ce qui lui vaut la méfiance du gardien. En 1908, la jeune Grete (Luna Wedler) se bat avec acharnement pour obtenir une place à l'université, défiant la terrible misogynie des professeurs. En 1972, le campagnard naïf et étudiant Hannes lutte avec certaines séquelles laissées par mai 68, tandis qu'une botaniste émancipée – et même un géranium doté d'une grande sensibilité – exercent sur lui une irrésistible attraction. Enyedi, connue chez nous pour On Body and Soul et The Story of My Wife, se livre ici à un collage poétique sur la croissance et la connexion. Elle aborde les scènes les plus graves avec une légèreté ludique à toute épreuve: même l'examen oral de Grete est interrompu ironiquement par un retournement de situation libérateur. Entre les différents épisodes, des images en time-lapse de plantes, à mi-chemin entre Georgia O’Keeffe et HR Giger, flottent comme des symboles vivants d'un souffle de conscience, tandis que des moments humoristiques apportent un contrepoint pragmatique à la dimension philosophique du film. Inspiré par la thèse d'Anil Seth selon laquelle nous «hallucinons tout le temps», Silent Friend célèbre la complexité de la perception humaine. Enyedi réussit un plaidoyer optimiste, intelligent et visuellement enivrant, en faveur d'une redécouverte du monde par l'émerveillement. En découle un film doux, solaire et subversif sur la joie de penser et de ressentir.
Michael Sennhauser
