L'engloutie

Louise Hémon, France, 2025o

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Au hiver 1899, la jeune institutrice Aimée arrive dans un hameau des Hautes-Alpes. Observée avec méfiance par les habitants, elle commence à faire la lumière sur leurs croyances obscures. Mais alors qu'elle s'intègre à la vie de la communauté, elle succombe elle-même à un sentiment de confusion sensuelle et entame une liaison avec un garçon du hameau. Lorsque celui-ci disparaît, les opinions divergent quant à ce qui s'est passé.

Le cinéma charrie son lot de conventions. Aussi respire-t-on presque de soulagement lorsqu’on ne parvient pas à ranger un film dans telle ou telle catégorie au bout de dix minutes. Le premier long-métrage de la réalisatrice Louise Hémon, qui avait déjà attiré l’attention en France pour ses projets théâtraux et ses vidéos de danse et de musique, ne se contente pas de proposer un récit rétif aux catégories: il déploie aussi une narration dense sur le plan atmosphérique, surprenante jusqu’à la dernière scène, nouée autour d’une jeune institutrice dans un village de montagne enneigé à l’aube du XXe siècle. On craint d’abord qu’il ne s’agisse du énième récit de heurt entre un idéalisme aussi éclairé que naïf et l’entêtement dur comme la pierre des montagnards; puis que le film ne s’épuise dans la reconstitution ethnographique de dialectes et autres coutumes archaïques. Mais après trois quarts d’heure, l’histoire prend une toute autre direction: lors de la nuit du Nouvel An 1900, l’institutrice en vient à danser avec les villageoi·ses sur les accents grinçants d’une vielle à roue et à participer à un curieux rituel de cuite, avant de finir au lit avec un jeune homme que l’on avait entendu peu auparavant respirer lourdement dans une grotte sombre avec un autre garçon. Autrement dit: ce n’est pas la jeune femme moderne qui s’empare de l’ancien monde – celui des forces de la nature et des coutumes étranges –, mais l’inverse. Et pourtant, là encore, les choses sont loin d’être aussi simples. Lorsque son nouvel amant, au visage encore juvénile, disparaît – comme le premier, on l’imagine enseveli sous une avalanche, à moins qu’il ne soit parti en Algérie –, l’institutrice redevient soudain, aux yeux des villageoi·ses, une étrangère menaçante. Le film oscille ainsi sans cesse entre clairs-obscurs nocturnes, paysages embrumés, fulgurances mystiques et surprenants changements météorologiques, à l’image de son héroïne aussi bien missionnaire des Lumières que sirène sensuelle. Le tout est enrobé d’une bande-son où l’archaïque, l’avant-gardiste et n’importe quel instrument trouvent leur place, pourvu qu’ils alimentent l’atmosphère. Une composition qu'Ennio Morricone n’aurait certainement pas reniée.

Andreas Furler

Galerie photoso

Données du filmo

Autres titres
The Girl in the Snow EN
Genre
Drame
Durée
98 Min.
Langues originales
Français, Occitan
Ratings
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ØVotre évaluation6,3/10
IMDB:
6,3 (156)
Cinefile-User:
< 3 votes
Critiques :
< 3 votes

Casting & Equipe techniqueo

Galatea BellugiAimée
Matthieu LucciEnoch
Samuel KircherPépin
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