Les rayons et les ombres
Xavier Giannoli, France, 2026o
Jean et Otto, un homme de presse français et un jeune francophile allemand, se battent pour la paix en Europe. La fille de Jean, Corinne, démarre une brillante carrière d'actrice de cinéma. Mais la guerre éclate et la France est occupée. Les deux amis ont un rôle majeur dans cette nouvelle France. Jean trouve la stature d'un grand patron de presse, ardent promoteur de la Collaboration avec l'occupant, Otto devient l'ambassadeur du Reich à Paris. Corinne, se trouve jetée dans la fosse aux lions.
Réalisateur qui a toujours cherché à concilier cinéma d'auteur et grand public, Xavier Giannoli n'a pas manqué d'ambition pour faire suite au triomphe remporté par ses Illusions perdues, d'après Balzac. Durant 3h15 à nouveau très remplies, il traite d'une autre histoire d'innocence corrompue, cette fois sur fond d'Occupation et de collaboration durant la Deuxième Guerre mondiale: celle de l'étoile tragique du cinéma français Corinne Luchaire et de son père, le journaliste Jean Luchaire. Les rayons et les ombres laisse transparaître comment, à partir d'idéaux à l'exact opposé, on peut néanmoins glisser jusque dans l'abjection. Tout commence avec une amitié franco-allemande entre les Luchaire et le francophile Otto Abetz, née sur les cendres la guerre précédente, tandis que la jeune actrice fait ses débuts prometteurs au cinéma. Leur pacifisme mis à mal par Hitler, Jean Luchaire et Abetz se retrouvent en 1940. Devenu ambassadeur d'Allemagne à Paris, le second aide le premier à devenir un patron de presse en vue, à la tête du quotidien collaborationniste Les Nouveaux Temps. Mais une vie dissolue et la tuberclose ne tardent pas à rattraper Jean et Corinne Luchaire, déjà bien avant la débâcle allemande. La maladie devient ici la métaphore du déclin moral des personnages, tandis que la mise en scène, un peu trop académique au début, gagne en ampleur «viscontienne». Jean Dujardin, August Diehl et la jeune Nastya Golubeva (fille de Leos Carax), sont parfait·es dans leurs rôles tout en nuances d'humains faillibles pris au piège d'une Histoire qui les dépasse. On sort comme essoré de ce maëlstom d'une densité narrative peu commune, qui en appelle à notre conscience et à notre vigilance.
Norbert CreutzGalerie photoso
