r Gourou
Yann Gozlan, France, 2026o
Matthieu Vasseur - dit Matt - est l'homme du moment. Sa spécialité : le coaching personnel "à l'américaine", à l'instar de Peter Conrad, son modèle. Ben encense des salles pleines à craquer d'adeptes venus suivre ses conseils pour reprendre leurs vies en main. Rien ne semble pouvoir l'atteindre, jusqu'au jour où il commence à voir son monde s'effriter.
Cinéaste en plein essor, Yann Gozlan a réalisé Gourou dans la foulée de son intéressant Dalloway. Après ce thriller sur les dangers de l'intelligence artificielle, en voici un autre sur les coachs en développement personnel hissés par les réseaux sociaux au rang de véritables gourous des temps modernes. Charismatique et manipulateur, Matthieu Vasseur – dit Matt – est un as en la matière, adepte de grand-messes à l'américaine sur le modèle de son maître Peter Conrad. Il galvanise les foules en insufflant une pensée positive, redonne confiance aux plus déçu·es et gagne beaucoup d'argent grâce à ce talent. Alors que rien ne semble plus pouvoir l'atteindre à la tête de sa petite équipe de fidèles, un projet de loi visant à réguler la profession se prépare au Sénat, poussant Matt dans une fuite en avant qui le mènera jusqu'aux États-Unis. Avec un Pierre Niney impressionnant, qui s'est engagé jusqu'à le produire, Gourou ne manque pas d'atouts. S'y esquisse une réflexion sur une nouvelle forme de populisme qui aurait pris le relais des partis politiques et des sectes religieuses. Convaincu d'œuvrer pour le bien, Matt n'est pas a priori antipathique. Mais les liens qui se tendent avec sa compagne, un frère qui ressurgit et un admirateur trop zélé vont amener un autre éclairage sur le personnage. Entre un ego débridé et une paranoïa croissante, son évolution devient alors assez terrifiante. Malheureusement, la mise en scène grandiloquente de Gozlan et un scénario trop fléché viennent quelque peu gâcher tout ce potentiel. Pour finir assez convenu, ce thriller qui navigue entre œuvre de moraliste et divertissement cynique laisse persister des doutes quant à la conscience de ses auteurs dans leur quête de fascination du public.
Norbert Creutz
