r Backrooms
Kane Parsons, USA, Canada, 2026o
Des couloirs sans fin aux murs jaunes, aux néons bourdonnants et aux meubles empilés bizarrement: un architecte raté tombe par hasard sur ces Backrooms et découvre ainsi un monde parallèle désert, qui lui échappe un peu plus à chaque pas. Une première exploration dégénère. Lorsque la thérapeute du héros entre elle aussi dans cette réalité, la question se pose: y est-on vraiment seul. – Disponible uniquement avec des sous-titres en anglais et en allemand!
D'une webserie sur YouTube, Kane Parsons, la vingtaine, produit par la toujours plus incontournable compagnie A24, a tiré un long-métrage épatant, avec l'aide du scénariste de séries Will Soodik (Westworld). L'idée provient d'une mythologie à base d'espaces vides popularisée par Internet. C'est au sous-sol de son magasin de meubles menacé de faillite que Clark (Chiwetel Ejiofor, 12 Years a Slave), un architecte manqué récemment divorcé, tombe sur ces «arrière-salles» de l'autre côté du mur. Il entraîne bientôt deux jeunes employés pour documenter sa découverte, mais l'affaire tourne mal. Puis c'est la psy de Clark, Mary (Renate Reinsve, Valeur sentimentale), qui se rend sur les lieux pour tirer au clair un message de son patient... Derrière ce qui s'annonçait comme un petit film d'horreur de plus (façon Obsession de Curry Barker, parfois abusivement mis sur le même niveau), se cache un film bien plus malin, conceptuel et potentiellement profond. Non seulement les deux acteurs européens font une sacrée différence, mais la mise en scène et surtout son emploi du décor sont impressionnants. Plus on avance dans ces espaces sans fin, à la limite de géométries absurdes et d'installations d'art contemporain, plus on y devine des menaces intangibles qui pourraient pointer vers des dérèglements de l'esprit, voire de l'espace-temps. Et c'est terrifiant, sans exclure une dimension de critique sociale. Pour une fois, on en vient à vraiment espérer des suites!
Norbert Creutz
