r Quelques mots d'amour
Rudi Rosenberg, France, 2026o
Sarcelles, 1995. Erika élève seule ses deux enfants. Sa fille Abigaëlle se persuade que son père, qu’elle n’a jamais connu, l’aime en silence quelque part. Lorsqu’elle se met en tête de le retrouver, Erika se sent obligée de l’aider, tout en cherchant à la protéger. En grandissant, la quête d’Abigaëlle se transforme en obsession, entraînant avec elle sa mère, sa meilleure amie, et tous ceux qui comptent.
Une jeune fille cherche son père, qu’elle n’a jamais connu; elle trouvera un chien, plus prodigue d’affection que son paternel en fuite. Cela se passe au début des années 2000, l’usage du portable est encore peu répandu et le Minitel ne s’est pas encore incliné face à la concurrence d’Internet. Soit l'époque de la jeunesse du réalisateur Rudi Rosenberg, qui débutait alors sa carrière d’acteur, bientôt troquée pour celle de cinéaste, signant en 2008 son premier court-métrage, Treize ans, déjà une histoire d’adolescents·es. Près de vingt ans plus tard, son deuxième long-métrage, inspiré par des témoignages de jeunes filles postant des vidéos sur internet pour retrouver des pères inconnus, est invité à Cannes. Une première pour les jeunes interprètes du film, flashés·es par les paillettes et le tapis rouge; la routine pour Hafsia Herzi, qui incarne la mère de l’héroïne, un rôle qui lui permet de déployer ses qualités de jeu. Maman «courage» de deux enfants nés de deux pères différents, dont l’un a pris la poudre d’escampette sitôt la grossesse confirmée, elle les élève dans quelque banlieue parisienne avec amour et tempérament. Son ainée, Abigaëlle, insiste depuis son plus jeune âge pour retrouver la trace de ce père qu’elle n’a jamais connu; le film l’accompagne dans sa quête, qui en fait voir de toutes les couleurs à Herzi – l’adolescente n’hésite pas à s’infiltrer dans la maison de la deuxième compagne de son père, dont il s’est séparé entretemps en prenant à nouveau soin de la laisser se débrouiller toute seule avec un enfant. Digne fille de sa mère, elle renvoie à sa daronne la responsabilité de son «sale caractère». Or si le film a du caractère, il le doit autant à la mère qu'à la fille.
Emilien Gür
